Économie du bien commun de Jean Tirole

Ouvrage traitant globalement de l’économie française même si certains concepts sont quasi universels et transposables à d’autres nations. Ce livre tentera de répondre à une multitude de questions d’actualité en utilisant une pensée économique contemporaine. Difficile de mettre cet auteur dans une case, lui-même faisant la distinction entre le hérisson conservateur et le renard agrégateur dans les milieux économiques, en effet on sentira dans son ouvrage l’influence d’Adam Smith père du libéralisme anglo-saxon mixé au plus grand étonnement du lecteur à un marxisme étatique de haut vol.  On se demande d’ailleurs si l’auteur avait bien compris la pensée de Adam Smith qui suggérait avant toute autre chose de laisser les entreprises en paix si on omet la préconisation de restreindre les ententes de cartel et toute autre action entraînant un monopole. Mais dans ce livre nous sommes très loin de ces fondamentaux ce qui n’est pas surprenant étant donnée l’origine de l’auteur. En effet nous sentirons avec regret cette culture étatique si française ou tout se règle à coup d’impôt de subvention, de régulation et d’ingérence.

Outre passer ces considérations pros libérales, l’auteur a quand même fait un gros travail et même un travail remarquable, car même si l’on n’est pas toujours en osmose avec ce courant de pensée, beaucoup de ses écrits sont de bonnes analyses pragmatiques des situations exposées, il suffira juste au lecteur de ne pas tenir rigueur des propositions économiques personnelles faites par l’auteur. Notons toutefois que tout n’est pas noir non plus et que certaines idées sont plutôt cohérentes.

Le travail de recherche est vraiment de qualité, les sujets sont explorés en profondeur, le lecteur malgré la taille du livre ne s’ennuiera pas une seconde, l’ouvrage se rapproche quasiment d’une encyclopédie économique. De plus aucune formule mathématique dans cet ouvrage, il sera abordé des sujets complexes avec des explications simples et concises compréhensibles par un néophyte de la finance.

Finalement malgré une critique sur le fond un peu sévère, cet ouvrage a le mérite de se situer bien au-dessus de la plupart des ouvrages d’économie contemporaine. On ressent dans ces lignes un homme consciencieux tentant de prendre de la distance sur des sujets pourtant si proche de nous. Cependant je ne vois pas ce qui mérite un prix Nobel dans cette pensée économique. Oui évidemment tous ces principes de régulation justifieront l’ingérence des princes dans l’économie, mais de là faire la promotion d’une telle pensée dévastatrice longuement décrite par Adam Smith lors de ses observations souvent citée en contre-exemple de ce qui produit de la richesse est aberrant.

En conclusion, la sémantique ainsi que le contenu est de très bonne qualité, mais l’idéologie véhiculée par ce livre l’est beaucoup moins, à moins bien sûr d’appartenir à la sphère politique gravitant autour des princes.

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